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sous des broyeurs de couleurs ou sous des polisseurs de marbre qui n’avoient jamais eu d’autre mérite pour arriver à la maîtrise que l’argent qu’ils

avoient fourni pour y être reçus. Enfin la requête'

exposa avec beaucoup de force l’éminent degré de
perfection où la peinture et la sculpture étoient
portées en France, montra que ces arts fleuris—
soient à Paris avec autant d’éclat qu‘en aucun lieu
de l’Europe, fit valoir le nombre de ces hommes
célèbres qui en soutenoient si dignement la splen-
s deur, et celui des véritables gens d’art d’entre les
maîtres qui, fuyant l’opprobre de la maîtrise, dé—
siroient et méritoient d’être admis dans le nouveau
corps académique, et elle se termina par une dé—
. ducüon succincte, mais bien touchée, des règles et
des maximes qui devoient seivir de base à l‘éta—
blissement proposé , et en assurer la décence ,
l’union et la durée, et par une idée précise du
plan des études publiques qu’elle représentoit
comme l’objet capital et essentiel de son institution,
et semblable au plan des académies de Home et de
Florence. Elle conclut par demander que les arts
de peinture et de sculpture fussent soustraits à la
domination de la jurande et réunis en une société
libre, sous le nom d'Académie, dont la forme et
l’administration déterminées et autorisées par Sa

Majesté, etc.
La reine fut extrêmement frappée ducontenu

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en cette requête. Sa Majesté eut la bonté de dé— clarer qu’elle étoit pénétrée , ainsi que tout le conseil, de la justice et du mérite de l’établissement proposé, en même temps qu’elle se montra vivement indignée de cette témérité avec laquelle les jurés avoient osé entreprendre de limiter le pou— voir du roi et le sien. Son ressentiment alla même jusqu’à vouloir éteindre la maîtrise et la supprimer sans retour. Mais , quelqu’un du conseil ayant représenté à Sa Majesté les inconvénients dont une

telle punition pouvoit être susceptible , elle voulut 0

bien s'en départir. Il ne fut donc plus question que de consommer l’ouvrage de l’institution aca— démique. Comme l’arrêt se trouva tout dressé, il fut signé à l’heure même , sans la moindre appa— rence de contradictioh, et sans qu’il fût question d’y faire aucun changement.

Par cet arrêt, le roi faitoit «très expresses in— » hibitions et défenses aux maîtres et jurés pein» tres et sculpteurs de donner aucun trouble et » empêchement aux peintres et sculpteurs de l’A— » cadémie, soit par visites, saisie de leurs ouvra— » ges, confiscations , soit en les voulant obliger à

» se faire passer maîtres, ni autrement, en quelque

» sorte et manière que ce pourroit être, à peine » de deux mille livres d’amende. Et afin que les »_arts de peinture et de sculpture pussent être » exercés plus noblement, Sa Majesté ordonnoit

» naît que tous peintres et sculpteurs, tant fran— » gais qu’étrangers, comme aussi ceux qui, ayant » été reçus maîtres, s‘étaient volontairement dé— » partis, ou se voudraient à l’avenir séquestrer » dudit corps de métier, seraient admis à ladite » Académie sans aucuns frais , s’ils en étaient jugés a) capables par les douze anciens d’icelle. Et, par » un trait de ustice distributive qui montre l’exacte » équité du rédacteur, le même arrêt fait récipro— » quement défenses, sous semblables peines, aux » peintres et sculpteurs de l’Académie de donner » aucun trouble ni empêchement aux maîtres et » jurés peintres et sculpteurs. » ’ Un succès aussi favorable et aussi complet fut assaisonné encore de toutes les grâces passibles de la part de M. de la Vrillière , secrétaire d’état. Ce ministre fit faire les expéditions de cet arrêt avec une diligence toute particulière, et, en les remet— tant aux députés de la nouvelle Académie , il leur dit qu’ils ne pouvaient ignorer l’état qu’il avait toujours fait des hommes habiles de leur art, et qu’il était flatté le plus agréablement du monde de pouvoir en cette rencontre contribuer en quelque chase à la satisfaction d’une compagnie aussi illustre qu’allait indubitablement devenir la leur. Sa bienveillance pour elle ne se borna pas à cette démonstration de politesse générale. Il voulut bien

y ajouter un conseil, digne de l‘excellent esprit dont il étoit doué. Il observa donc à ces députés qu’il avoit reconnu au bas de la requête en question un assez grand nombre de signatures de gens d’une très médiocre capacité; qu’il étoit de l’honneur de la nouvelle Académie que l’on n’y vît point admet— tre de pareils sujets ; mais qu’il étoit en même temps de la prudence de ceux qui s’y trouvoient à la tête des affaires de ne tenter cette épuration qu’après que cet établissement auroit acquis la consistance et la force nécessaires pour pouvoir soutenir une telle distraction sans en être affaibli ni ébranlé.

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' Pour entrer dans des vues si sages et si judi— cieuses, les principaux chefs de toute cette noble entreprise s’assemblèrent presque tous les jours, tantôt chez M. de Charmois, et quelquefois chez M. de Beaubrun. Ils convinrent unanimement de la nécessité de donner à la nouvelle Académie une forme solide et permanente par le moyen d’un bon corps de statuts et de règlements, qui, entre autres, fermât tout accès à des sujets inférieurs ou trop communs. Chacun produisit sur cela ses idées par— ticulières, qui étoient débattues avec beaucoup de lumières et de soin. M. de Charmois recueillit les matériaux épars que fournit le résultat de ces con— férences, les joignit aux points qu’il avoit déjà pro— posés et vu goûter précédemment, et porta le tout en l’une des assemblées suivantes , rédigé en projet général. La compagnie, ayant examiné ce projet, pria M. Le Brun de le présenter à M. le Chancelier. Cet illustre protecteur des arts voulut bien se donner lui—même le soin d’en peser et d’en discuter toutes les dispositions, et, par des apostilles faites de sa propre main sur chaque article, y faire les corrections ou les additions qu’il y jugea nécessaires. Et après que ces statuts eurent été mis en règle par la signature des principaux Offi— ciers de l’Académie naissante, il eut la bonté de les approuver, homologuer et confirmer par lettres patentes du roi, de faire publier ces lettres avec les statuts en la grande chancellerie de France, le sceau tenant, et d’en faire délivrer les expéditions à la nouvelle compagnie gratuitement.

Ces statuts , contenant treize articles, quoiqu’ils soient sans date, et dans l’original et dans les co— pies imprimées que nous en avons, furent dressés et arrêtés au mois de janvier 1648; les lettres patentes confirmatives furent données à Paris au com— mencement de celui de février, et la publication en fut faite au sceau le 9 du mois de mars, tous deux ensuivans.

L’Académie n’attendit point cette promulgation pour entrer en jouissance de ses titres et de ses droits; trop de joie et de zèle l’auimoient pour qu’elle pût se permettre sur cela le moindre délai. Elle s’empressa, avec une émulation de la part de tous également touchante et admirable, pour ou

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