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36 HISTOIRE DE L‘ACADEMIE

vrir au plus tôt l’école publique , l’objet de ses plus tendres désirs. Dès le.. février 1648, elle s’assem— bla chez M. de Beaubrun pour procéder à l‘élection des douze anciens qui, aux termes des sta— tuts, devaient diriger cette école , chacun pendant un mais, et avoir sain de la police et autres affai— res de la compagnie.

Le mérite des sujets qu‘elle choisit pour remplir ces fonctions lui fit beaucoup d‘honneur : ce furent Messieurs Le Brun, Errard, Bourdon, de la Hire, Sarrazin, Corneille, Perrier, Beaubrun, Le Sueur, Juste d’Egmant , Van Opstal et Guillain. Elle élut aussi pour syndics les sieurs Lévêque et Bellot, ceux—là mêmes qui avaient été les objets de la der— nière entreprise des jurés, et la cause accidentelle et par contre-coup de l‘établissement de l’Académie.

M. de Chamois , qui avait tant contribué à cet établissement, avait été compris à la fin du dernier article des statuts en ces termes : « Et pour tenir la » main àce que dessus, Monsieur de Chamois, can— » seiller d’état, a été élu chef de l‘Académie. » Il con— tinua, en cette dernière qualité, à donner tous ses soins pour consommer et soutenir son ouvrage. D’a— bord il songea à loger l’Académie; il emprunta, pour cet effet, un appartement de la maison de l‘un de ses amis, située proche l’église Saint—Eustache. Le lieu et le quartier convenaient parfaitement: l‘un était assez spacieux , l’autre était au centre de

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la ville, et par là à portée de la plupart des gens d’art et de leurs élèves, qui avoient à le fréquenter journellement. .

Afin d‘obvier à toute difficulté touchant la pré— séance entre les douze anciens , l‘Académie déci— da que les mois de leur exercice, et même le rang qu‘ils tiendroient dans les assemblées, seroient réglés au gré du sort, ce qui fut exécuté sur—le—champ.

Par un nouvel effet de son heureuse étoile, la primauté échut à M. Le Brun ; elle le chargea du soin de tout disposer pour faire au plus tôt l’ouverture des exercices publics. Peu de jours suffirent à son zèle pour mettre l’école en état et la pourvoir de toutes choses nécessaires. Ce ne fut pas tout; il songea au moyen d’établir un certain ordre et une certaine suite dans l’administration des affaires de la compagnie. Il régla pour cet effet le plan et la forme des registres qui devoient être tenus en exé— cution des articles 1 I et 12 des statuts; il en fit faire deux, surl’un desquels, de format et de reliure ordinaires, il porta les affaires commrmes et con— rantes : c’étoit à proprement parler, le registre— joumal. Dans l’autre, d’un plus grand volume et eurieusement relié , il transcrivit les délibérations de la compagnie et autres actes d‘une certaineimp0rtance. Les dispositions qu’il fit à ce sujet, et la tour— nure qu’il donna aux articles qu’il fut le premier à rédiger dans ces registres, furent trouvées si ju

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dicieuses, qu’elles ont toujours depuis servi de rè— gle et de modèle, sans qu’il ait été besoin d’y faire aucun changement. Peut—être seroit-il difficile d’en faire mieux l’éloge. M. Le Brun fit aussi graver un sceau aux armes de l‘Académie pour sceller les pro— visions qu’elle voudroit expédier, et en fit lui-même le dessein; enfin sa tendre et vive passion pour ce nouvel établissement n’omit rien de tout ce qu’il crut propre à pouvoir en accélérer, faciliter et assurer le succès.

Les frais qu’oecasionnèrent ces divers arrange— ments furent fournis en partie par les anciens, chacun y contribuèrent volontairement pour une certaine somme; le surplus se leva sur les nouveaux académiciens en qualité de récipiendaires , et par forme de droit imposé sur les lettres de provision, à raison de deux pistoles pour chacune ; ce qui s’est toujours observé depuis.

L’ouverture des exercices publics de l’Académie fut faite par M . Le Brun le 1 " février 4 648, avec un concours extraordinaire de personnes de diverses conditions qui s’intéressoient à cet événement : c’é— toient des amateurs des beaux arts , et parmi ceuxci'il y en eut beaucoup d’un rang distingué; c’é— toient des peintres et des sculpteurs du premier ordre, dont la célébrité et le zèle faisoient l’honneur et le plus ferme appui du nouvel établissement; c’étaient des brevetaires du roi, du nombre desquels il y en eut beaucoup d’un rare mérite , et enfin des jeunes étudiants , enfants au élèves de ceux de ces L deux dernières classes, considérés comme les objets immédiats de la prédilection et de la sollicitude a— cadémiques, et l’espérance ainsi que la gloire fu— ture des arts. Il vint de plus à cette même ouver— ture un renfort considérable de m’è’itres de la cam— munauté, qui,yayantrenoncé volontairement, de— mandèrent qu’il leur fût permis de se joindre à l’A— démie et à être reçus au serment nouvellement pre— scrit; bien d’autres encore s’y vinrent présenter aux assemblées suivantes , en sorte qu’en très peu de temps le nombre des académiciens, ou du moins de ceux qui aspiroient à cette qualité , devint si considérable, que lesécoles, toutes spacieuses qu’el— les étoient, n’en pouvaient contenir qu’une partie. Alors le conseil de l’Académie crut qu’il était temps de consommer son ouvrage et d’exécuter dans toute son étendue l’avis judicieux de M. de la Vrillière. Pour y parvenir, il y fut résolu : Qu’a—vaut de passer outre à l’expédition et à la délivrance des lettres de provision nécessaires pour qualilifier Messieurs les académiciens, ceux qui aspi— reraient à ce rang seraient tenus de présenter à l’A— cadémie quelques uns de leurs ouvrages pour y être examinés , etc. Par là,» elle se mettait en état de discerner ses sujets et de n’en recevoir que de vé— ritablement académiques , et par un jugement en

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forme , également séant et convenable à un corps qui désormais alloit être regardé comme le tribunal suprême des beaux arts.

Ceux d’entre ces aspirants qui, par une réputa— tion déjà acquise ou heureusement commencée, se sentoient cette npble assurance si pardonnable au vrai talent, applaudirent à cette résolution et s’y soumirent sans hésiter; les autres , et en assez bon nombre, en redoutèrent l’événement, etse rendirent justice en se retirant d’eux—mêmes. De ces derniers il y en eut plusieurs avoient signé la requête sur laquelle étoit intervenu l’arrêt du 20 janvier précédent, qui avoient assisté aux premières assem— blées de la compagnie, et qui même avoient payé d’avance les deux pistoles de droit de réception mentionnées ci-dessus : quelques uns de ceux-ci envoyèrent reprendre cette somme, comme n’ayant fait que la consigner conditionnellement; les au— tres , pour éviter de faire parler d’eux , l’abandon— nèrent. Il y en eutbeaucoup dont l’Académie regretta la médiocrité, par tout ce qu’elle leur reconnoissoit de sentiments d’honneur et de vertu; mais, dans la société qu’il s’agissoit de former, les mœurs étoient présupposées et le talent distingué y étoit indispensable. ’

Le logement qu’occupoit l’Académie ne pouvoit guère être regardé que comme une retraite provi— soire, et, quoique pour l’y retenir l’ami de M.

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