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de Chamois eût fait les instances les plus obligean— tes, elle crut que d’y céder eût été en abuser. Elle prit le parti de louer un appartement à l’hôtel de Clisson, rue des Deux—Boules. Elle se détermina pour ce quartier par préférence, parce qu’il lui parut être encore plus à portée du plus grand nombre des gens d’art et de leurs élèves que n’étoit celui qu’elle alloit quitter.

Ce fut là qu’elle commença, le 7 mars 1648, l‘examen et le jugement des ouvrages en question. Elle y procéda avec une sévérité également équi— table et mesurée; et , si les aspirants qu’elle admit ne furent pas tous du premier mérite , il est du moins certain qu’elle n’en passa aucun que l’on pût dire être indigne de son choix.

Les lettres de provision qui furent délivrées à mesure à ces nouveaux académiciens étoieut expédiées au nom de M. de Charmois, et le serment d’observer les statuts et les règlements, etc., étoit prêté entre ses mains. Peut—être y avoit—il bien quelque chose de déplacé dans une supériorité si hautement marquée, que tant d’hommes, presque aussi considérables par leur situation que par leur mérite, laissèrent ainsi prendre sur eux par un sim— ple particulier : car la qualité de conseiller d’état, mise dans les statuts à la suite du nom de ce chef, n’avoit rien le.dût mettre si fort au dessus d’eux. L’on n‘en doit point juger par l’éclat qu‘elle acquit depuis, lorsqu’elle ne fut plus attachée géellement qu’aux places que les plus grands magistrats occupaient dans les conseils du roi. Bref, elle ne présentait, dans la minorité, qu’un vain titre d’honneur, qui, à force d’avoir été prodigué, n‘en faisait presque plus du tout. Mais l’Académie était tellement transportée de tout ce que M. de Char— mois venait de faire pour elle, que, dans cette pre— mière effusion de sareconnaissance, elle ne crut pas en faire trop que de lui sacrifier tout l’essentiel de sa dignité, bien inaliénable, dont jamais compagnie ne se départit qu’à son détriment. La nôtre apprit cette vérité par l’expérience, et fut assez heureuse pour trouver à la mettre à profit.

L’école académique se ressentit considérable— ment de cette heureuse épuration du corps qui formait son appui. Elle fut relevée en cette nouvelle demeure avec un zèle et un succès admirables. L’exercice du modèle y était suivi avec assiduité et avec application , et l’exemple des hommes cé— lèbres qui y présidaient n’était pas moins profita— ble aux étudiants que les préceptes et les leçons qu’ils leur dispensaient avec une bonté éclairée et vraiment paternelle , en les mesurant sur la capa— cité et les besoins de chacun d’eux. L’on peut dire que jamais fonds ne fut mieux cultivé et ne pro— mit davantage.

Pour renchérir encore sur cette culture, M. Le

Brun fit exposer publiquement dans les salles de l’Académie les tableaux qu’il avoit faits à Rome d’après Raphaël, et fit accorder aux élèves les plus studieux la liberté de se former, le long du jour, sur ces tableaux, dans la correction, l’élégance et le grand goût du dessin de ce génie sublime. Bien enfin ne fut omis ou négligé de ce qui pouvoit con— tribuer à raffermir cet établissement et le rendre d’une utilité aussi transcendante que solide et pour les arts et pour le public.

Cette conduite si noble et si louable, et Ces pre—. miers succès de l’Académie, réveillèrent à la fin la basse jalousie des jurés. Les circonstances qui a— voient accompagné la naissance de cette heureuse institution les avoient jetés dans une surprise, une confusion et une perplexité inexprimables, et les avoient comme stupéfiés. Le désir et l’espoir d’ar— rêter ou de traverser les progrès de cette même in— stitution les rappelèrent à eux—mêmes et les livré— rent de nouveau à l’esprit de chicane, leur res— source ordinaire. Fidèles à ses inspirations, le pre— mier pas qu’ils firent porta la marque d’une témérité intolérable; sans avoir égard à l’arrêt du con— seil du 20 janvier 1648 , qui leur avoit été signifié, et aux lettres patentes du mois ensuivant, qui leur étoient connues, ils osèrent faire saisir avec fracas chez plusieurs peintres de l’Académie divers tableaux et ouvrages auxquels ils travailloient et qu’ils déclaroient leur appartenir, et faire assigner ces peintres au Châtelet.

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L’Académie informa aussitôt M. le chancelier de cette nouvelle entreprise des jurés, etM. le chancelier fit , le jour même , c’est—à—dire le 19 mars 1 648, rendre un arrêt du conseil qui cassoit l’or— donnance du lieutenant civil pour faire assigner devant lui les académiciens saisis, et annuloit les saisies faites sur eux , et faisoit très expresses inhi— bitions et défenses audit lieutenant civil et à tous autres juges de troubler les membres de l’Acadé— mie, ni les inquiéter de quelque façon et manière que ce fût; le même arrêt évoquoit au roi et à son conseil la connaissance de tous les procès et différends mus et à mouvoir concernant la fonction , ouvrage et exercice des mêmes membres de l’Académie , en interdisant à ces fins la connoissance à tous juges quelconques.

M. le chancelier ne se contenta pas de donner à l’Académie cette marque authentique de sa.bienveillance; il voulut pressentir M. le lieutenant civil d’une manière plus particulière sur l’intérêt qu’il prenoit au succès et à la conservation de cet établissement , et lui fit dire que c’étoit son ouvrage, et son ouvrage de prédilection, qu’il avoit ré— solu de protéger de tout son pouvoir, et dont il lui rec0mmandoit fortement les droits , les privilèges et les intérêts. Une telle recommandation ne pou—

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voit manquer d’opérer avantageusement pour les beaux arts.

En toute rencontre M. le chancelier s’expliqua à ce sujet dans le même esprit, soit avec les magis— trats supérieurs ou avec les autres personnes de considération qu’il croyait devoir acquérir à l’A— cadémie, et n’oublia rien pour leur donner une juste idée du mérite et de l’utilité de cette nouvelle association. Par là il l’investit, pour ainsi parler, de cette opinion favorable qu’il importait tant que le public conçût d’elle, surtout dans ces commen— cements.

Son affection pour elle se montra encore d’une manière bien plus sensible par celle dont il décla— ra vauloir être instruit de ses embarras et de ses besoins; il retrancha absolumth ces démarches d‘apparat que jusque là elle avait toujours employées pour l’approcher, et où M. de Chamois , à la tête de l’Académie en corps ou d’une nombreuse dépu— tatian, en exposait le voeu dans un discours prépa— ré. Ce grand protecteur voulut qu’elle eût un libre accès auprès de sa personne en tout temps et à toute heure, et que les affaires de cette compagnie lui fussent communiquées familièrement, saitpar le chef ouparun ou deux députés, ou, dans les cas pres— sants, par M. Le Brun, qu’il bonara d’une confiance particulière et d’une véritable intimité.

L’un des premiers conseils que ce grand magis—

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