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Ce qui n'estoit pas fort facile
A nos petits Messieurs de Ville".
Le jour que fut pris Charenton,
Resuant en soy-mesme Gaston
Sur l'importance de la perte
Qu'à sa prise il auoit soufferte,
Sur la conqueste il raisonna,
Et par conseil l'abandonna,
Comme pour son trop d'estendue
Ne pouuant estre défendue.
Il sort; et seulement il rompt
Le passage qui mène au pont.
Ce fait, vos troupes défilées
Vers Nogent prirent leurs volées;
Nogent sur Marne, que vos gens
Plus impiteux que des sergens,
Surprirent, pillèrent, bruslèrent,
Et puis après se retirèrent.

Le Mercredy, nostre support
Sortit de grand matin , Beaufort.
Il avoit la puce à l'oreille.

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Laissez lui prendre Charenton
Puisque le sang de Chastillon
Et de Saligny le carnage
N'a que trop payé ce village.
Ieunes seigneurs prostituez,
Parlez donc, vous autres tuez,
Braues officiers de Nauarre,
L'occasion estoit bien rare
Pour y perdre trente de vous ?
Au nom de Dieu , reuenez tous;
Et que vos ombres vengeresses
S'attachent nuit et iour aux fesses
De celui qui vous hazarda
Et par nos mains vous poignarda;
C'est Mazarin que je veux dire,
L'autheur seul de vostre martyre.

Aussi ce iour, fit-il merueille;
Car dès qu'à Charenton il fut,
L'ennemy soudain disparut,
Et luy présentant le derrière
Se retira sur la riuière
Dans les moulins proche du pont,
Où nostre prince actif et prompt,
Ayant mandé l'artillerie
Pour battre cette infanterie,
Au nombre de deux à trois cens,
Receut vn aduis plus pressant
Qui le fit dénicher bien viste ;
Car il sveut qu'auoit pris son giste
A Linas le fameux conuoy
Qu'Estampe enuoyoit par charroy.
Noirmoustier lui prestoit main forte;
Mais pour vne plus seure escorte
La Mothe-Houdancourt et Beaufort,
C'estoit à qui courroit plus fort,
Estoient désià dessus la voye,
Quand vn advis on leur enuoye
Que le Mareschal de Grammont'
S'auançoit en pas de Gascon”,
Pour les couper sur leurs passages.
Nos Généraux prudens et sages
· Vinrent en ordre martial
Receuoir ce grand Mareschal,
Qui monstra brauement la croupe
(Dit la chanson) auec sa troupe,
Bien qu'elle fust de cinq milliers, .

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"Ce n'est pas ainsi que le raconte la Défaite d'une partie du conuoy des Parisiens dans le village de Vitry, etc. (963).

• Venoit faisant le rodomont.
5 Avec sa mazarine troupe.

Tant fantassins que caualiers,
Laissans tesmoins de sa disgrace
Plusieurs Officiers sur la place,
Entre lesquels il dit adieu
Au braue colonel Noirlieu,
Qui sçauant au faict de la guerre
N'en fut pas moins porté par terre,
Quoy qu'armé comme vn Iacquemart,
Et malgré les ruses de l'art :
S'abbatit en faisant vne esse .
Dessous Beaufort, de qui l'adresse ,
Luy porta l'espée au gosier; •
Coup qui l'empescha de crier ?
Contre nostre guerre ciuille,
Et d'embrasser cet autre Achille ,
Ce Beaufort dont l'illustre bras
Combloit de gloire son trépas;
Beaufort, dis-ie , qui teste nue,
Sans armes que celle qui tue,
N'ayant qu'vn bufle sur le corps ,
Affronta, ce iour, mille morts,
Les poussa , leur dit pis que pendre,
Sans qu'elles osassent le prendre.
Ce fut lors que nostre Bourgeois
Fut aux champs la seconde fois,
Sur le bruit de cette rencontre.
Chacun d'eux fort zelé se montre.
Ils vont, ils vollent au secours;
! Ce qu'il tesmoignoit par ses yeux,

Qu'il rouloit tristement aux cieux.
Ah ! qu'il eust fait belle harangue!
Mais il auoit en deux la langue.
Qu'il auroit maudit le party!
Qu'il s'en seroit bien repenty!
Qu'il auroit pesté contre Iule!
Qu'il auroit baisé nostre Hercule!

Et l'on n'entend dans leurs discours
Que Viue Beaufort et La Mothe!
Il n'en est pas vn qui ne trotte;
Et se trouuent ainsi trottans
Plus de trente mille habitans,
Dont l'ardeur fut bien rengainée,
Trouuant la bataille gagnée ».
Et la victoire qui rioit
De nos Bourgeois, qu'elle voyoit
Pester et se gratter la teste
De n'auoir esté de la feste,
Iurans pour faire les meschants .
Contre le Préuost des Marchands,
Soit que Madame la Victoire
Eust rappellé dans sa mémoire
Iuuisy, que ces bons soldats
Ont promis de ne passer pas,
Et dont ils estoient sur la route.
Bref, ils reuindrent sans voir goute,
Confondus auec les pourceaux,
Les moutons, les boufs et les veaux";
Il faisoit beau voir en bataille
Cinq cens gorets de belle taille ;
Leur bataillon sage et discret
Laissoit vn estron à regret;
Mais pour mieux obseruer son ordre
Chacun d'eux passoit sans le mordre 2.

Qui toute la nuit défilèrent
Et dans yn si grand nombre entrèrent
Par Saint Iacques et Saint Marcel
Qu'il ne s'en vit iamais de tel.
L'on conte près de quatre mille
Qui furent receus dans la ville,
De ces nourrissans animaux.

• Ces six vers se trouvent textuellement dans les Vers burlesques enuoyez

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En suite on voyoit les moutons
Qui faisoient mille plaisans bonds,
Et s’auançoient en criant baye,
Que receut S. Germain en Laye.
Nos chefs entrèrent les premiers
Auecques force prisonniers.

Le Ieudy, fut pris la Valette ,
Fruict de l'Espernone brayette,
Mais de ces fruicts qui sont bastards.
Il fut pris semant des placards,
Placards qu'il croyoit pour récolte
Deuoir produire vne réuolte,
Et qui n'eurent aucun effet,
Si ce n'est que par eux fut fait
A cet homme pourpoint de pierre
Qu'il eut le reste de la guerre.

Ce iour, certains du Parlement
Parlèrent d'accommodement;
Mais soit qu'ils n'eussent pas puissance,
Soit pour la raison de l'absence
De nos chefs, la cour fut d'auis
Qu'au lendemain tout fust remis.

Le Vendredy, le Héraut d'armes
Me fit rire iusques aux larmes ,
Lorsque ie le consideré
Vers la porte Sainct Honoré,
Au matin , qui faisoit maint cerne,
Comme pour inuoquer l'Auerne.

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à M. Scarron sur l'arriuée du conuoy, etc. Saint-Julien n'a-t-il fait ici que reprendre son bien?

1 Le sieur de Ferracier Monbrun

Et d'Alais, vn grand homme brun,
Dont Noirmoutier auoit fait prise.
L'vn et l'autre estoient gens de mise
Et Mareschaux de Camp tous deux.

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