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première venue, en la hayne et contempt dudit duc, prindrent et robèrent tous les biens qu'ilz trouvèrent en icelle, et puis le destruisirent et desmolirent totalement excepté les murs. Et après, en faisant plusieurs autres maulx, vindrent encor abatre et destruire une autre maison sur la rivière de Seine , où icellui duc tenoit ses chevaulx, et n'estoit pas loing de l'ostel de Neelle, au dehors de la porte. Pour laquelle offense, quant elle fut venue à la congnoissance dudit duc de Berry, il fut fors esprins de courroux et dist hault et cler, devant plusieurs de ses gens, que une foiz lesdiz Parisiens et ceulx qui les soustenoient ces maléfices", lui amenderoient le dommage et le desplaisir qu'ilz lui avoient fait En oultre en poursuivant de mal en pis, par ung autre jour, le duc de Berry, le duc d'Orléans et ses frères , le duc de Bourbon, le conte d'Alençon et le conte Bernard d'Armaignac, Charles, seigneur d'Albreth, tous nommez par leurs propres noms et autres leurs adhérens, aliez et complices de quelque estat qu'ilz fussent, furent par les quarrefours de Paris, à son de trompe, de par le Roy, bannis de son royaume à tousjours jusques à son rapel; et non point tant seulement bannis, mais par vertu d'une bulle de eurese et bonne recordacion pape, Urbain quint de ce nom, trouvée ou trésor des registres de chartres des priviléges du Roy estans en la Saincte Chapelle à Paris, furent les dessusdiz par toutes les églises d'icelle cité de Paris, à cloches sonnées et chandelles alumées, excommeniez et publiquement anathématizez. Pour quoy plusieurs tenans leur parti, quant ilz sceurent ladicte sentence ainsi gectée sur eulx, furent grandement troublez et courroucez. Mais pour tant ne laissèrent à continuer de jour en jour en leur propos, et firent guerre mortelle plus aspre et diverse que paravant n'avoient fait

1. Il faut lire : En faisant ces maléfices, comme porte le ms. Suppl. fr. 93.

CHAPITRE LXXX.

Comment le duc de Bourgongne ala à puissance de Pontoise à Paris. Et de l'estat et gouvernement du duc d'Orléans.

En après, le duc Jehan de Bourgongne estant à Pontoise, comme dit est dessus , venoient devers lui gens de guerre de diverses nacions. Et y vint le conte de Penthièvre, son gendre", à noble compaignie. Et quant il eut là séjourné environ quinze jours, et enquis suffisamment de l'estat de ses adversaires, le xxii°jour d'octobre se parti dudit lieu de Pontoise avec toute son exercite, ainsi que à deux heures après midi, et délaissa la voie royale qui d'icelle ville va à Paris, laquelle occupoient sesdiz adversaires, et print son chemin à Meulent sur Seine, où il passa la rivière, à tout bien quinze mille chevaulx, et chevaucha toute nuit, et lendemain par la porte S. Jaques entra en Paris". A l'encontre duquel vindrent et yssirent d'icelle ville grant multitude de gens armez, entre lesquelz estoient en belle ordonnance et bien armez les bouchers de Paris, lesquelz conduisoient le prévost de Chastellet", et des marchans, soubz le conte de Nevers, frère dudit duc de Bourgongne. Lequel acompaigné de plusieurs princes et grans seigneurs et capitaines, et aussi ceulx du grant conseil du Roy, vindrent bien honnorablement une lieue et demie, ou plus au devant dudit duc, et par espécial y vint son frère. Et tous les autres seigneurs lui firent aussi grant honneur et révérence qu'ilz eussent deu et peu faire à la propre personne du roy de France s'il feust venu d'aucun loingtain voiage. Et quant au peuple de Paris, ilz faisoient très grant joye et crioient Noël! pour sa venue à tous les quarrefours qu'il passoit. Et pour ce que son entrée se fist si tard que le jour estoit failly, furent alumées par toutes les rues de Paris grant quantité de torches, falos et lanternes. Et quant vint que icellui duc de Bourgongne approucha le Louvre, le duc d'Acquitaine, qui avoit espousée sa fille", yssist audevant de lui et le receut à grant joye et moult révéremment; et tantost le mena au chastel du Louvre devers le Roy et la Royne, qui lui firent très grant joye. Et après qu'il les eut humblement saluez, se ala loger en l'ostel de Bourbon. Et le conte d'Arondel, avec tout son estat, se ala loger ou prieuré de S. Martin des Champs et ses Anglois auprès de lui, ès mai

1. Olivier de Blois, comte de Penthièvre, avait épousé Isabelle de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, en juillet 1406.

2. Le lendemain, c'est-à-dire le 23. Juvénal met l'entrée du duc de Bourgogne à Paris au 30 octobre, et dit qu'il était accompagné du comte d'Arundel. C'est ce que dit aussi le Religieux de

Saint-Denis, qui met le départ de Pontoise au 23 octobre au lieu du 22 comme Monstrelet. 1. Le prévôt de Paris, le Châtelet étant le siége de sa juridiction. 2. Marguerite de Bourgogne , en 1404.

sons de costé. Et tous les autres se logèrent dedens ladicte ville de Paris, où ilz porent le mieulx. Et lendemain, qui fut dimenche, Enguerran de Bournonville, avecques lui plusieurs vaillans hommes d'armes et de trait, yssi hors de Paris et ala jusques à la Chapelle, laquelle les Orléanois avoient fortifiée de lices et de barrières, et estoient logez dedens. Mais quant ilz virent venir leurs adversaires , ilz montèrent à cheval et vindrent l'un contre l'autre, de bonnes lances dont ilz s'entredonnèrent de rudes cops en renversant l'un contre l'autre à terre. Et entre les autres, ledit Enguerrant se y porta moult vaillamment; auprès duquel estoit Jehan de Luxembourg, nepveu au conte de Saint-Pol, qui estoit moult jeune. Et en y eut plu- . sieurs navrez et peu de mors. Les Anglois aussi, à tous leurs arcs et leurs saiètes ", ne s'espargnoient point à la besongne. Et ce pendant que ladicte escarmouche duroit, les autres Orléanois, qui estoient logez à Saint-Denis, Montmartre et autres villes, qui oyrent le cry de ceste assemblée, montèrent à cheval et vindrent à grant puissance pour coper le chemin audit Enguerrand et à ses gens, afin qu'il ne peust rentrer dedens Paris. Mais lui, de ce adverti, les rassembla en bonne ordonnance et les reconduist audit lieu de Paris. Néantmoins, iceulx Orléanois qui estoient en très grant nombre, les suivirent de si près qu'ilz en prindrent et occirent aucuns. Et pour ce que le duc d'Orléans et les princes estans avecques lui, furent advertis de la venue et puissance que le duc de Bourgongne avoient amenée, firent toutes leurs gens qui

1. Saiètes , flèches (sagitta).

estoient ès vilages, loger ensemble audit lieu de SaintDenis. Et pour avoir vivres, messire Clugnet de Brabant, à tout grant compaignie de gens d'armes, fut envoyé ès pays de Valois et de Soixonnois, où il y en avoit grant habondance. Lequei messire Clugnet, en acomplissant le commandement qui lui avoit esté fait, en fist venir en ladicte ville de Saint-Denis très grant planté et largement. Et aussi, pour ce temps, le pays de France" estoit en très bon estat, par quoy les Orléanois avoient largement ce dont ilz avoient besoing, car de ce costé estoient les plus fors. Et couroient chascun jour par diverses compaignies jusques sur les rivières d'Oise et de Marne, et par toutes les parties de l'Isle de France. Et pareillement, les gens du Roy et du duc de Bourgongne couroient à l'autre costé de la rivière de Seine jusques à Montlehéry, Meulenc et Corbueil. Et par ainsi ce noble pays de France estoit de toutes pars durement oppressé et violé. Et quant aux gens d'armes, les ungs contre les autres il y avoit souvent de durs rencontres,'et par espécial chascun jour se tenoit l'escarmouche entre Paris et Saint-Denis, esquelles arrivoit souvent que l'une avoit l'onneur pour ung jour, et lendemain se faisoit le contraire. Et entre les autres places où les besongnes se faisoient et continuoient, y avoit ung fort molin sur une haulte mote assez avantageuse, sur laquelle aucunes foiz se logoient deux ou trois cens desdiz Orléanois, et là par les Bourguignons et François estoient fort envays et combatus, souvent jusques à tant que le vespre

1. C'est-à-dire l'Ile de France; toute la rive droite de la Seine,

comprise entre la Marne et l'Oise, depuis Charenton jusqu'à Pon

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