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couronne, aussi à voz conseillers et à tous voz autres subgetz, que pareillement chascun suivant son estat se vueille acquitter devers vostre maistre. Et pour ce que aucuns des dessusdiz ont dit publiquement que ce que vostredicte fille vous expose, que c'est par hayne et par la relacion de peu de gens, c'estassavoir de cinq ou six, plaise vous savoir qu'elle n'a point coustume de soy informer par ceste manière. Mais elle a esté informée parce que la chose est toute clère et notoire, et cuide qu'il n'y ait cy homme de si petit entendement qui ne congnoisse bien la faulte de dessusdiz. Et aussi en a esté advertie par plusieurs notables personnes aymans vostre bien. Mais par telles paroles n'ont-ilz point gaignée leur cause. Car pour quelque leur voulenté, elle ne se taira point, saufvostre voluntaire audience. Et conclud vostredicte fille que vous poursuiviez diligemment les choses dessusdictes, sans quelque dilacion, et à ce poursuivir se veut-elle emploier sans faire quelque faulte envers vous.Car autrement vostredicte fille ne se acquiteroit point envers vostre dicte majesté royale. » Après laquelle conclusion faicte par l'Université de Paris, et qu'ilz eurent requis aux princes et seigneurs et aussi aux prélas là estans, d'estre advouez de ce qu'ilz avoient dit et proposé pour le bien du Roy, de son royaume et de la chose publique, et que les dessusdiz les eurent advouez en leur disant qu'ilz estoient prestz de les assister du tout, en mectant et faisant mectre toutes les besongnes dessusdictes à pleine exécucion , les gouverneurs du Roy, c'estassavoir ceulx qui avoient eu le gouvernement des finances furent fort esmerveillez, et eurent grant doubte qu'ilz ne feussent arrestez personnellement. Et entre les autres, maistre Henry de Marle, chancellier de France, voiant qu'il estoit accusé comme les autres, par certains moiens qu'il trouva se tira devers le Roy, et fist tant par ses belles paroles qu'il fut bien content de lui, moiennant qu'il lui promist paier une grosse somme d'argent dedens briefterme lors ensuivant. Et le samedi ensuivant, second jour de mars, Audry Giffart, ung des trésoriers, fut print et mis du Chastellet de Paris, et son compaignon Jehan Guérin s'en fuy en une église. Et là se tint. Messire Pierre des Essars, prévost de Paris, qui naguères avait eu grant gouvernement ou voiage de Bourges, lequel le duc de Bourgongne avoit toujours soustenu, mais l'amour estoit refroidie par ce que depuis peu de temps il s'estoit monstré trop affecté à la partie d'Orléans, se partit de Paris, et envoya à Charenton, pour prendre le pont pour avoir passage, Thomelin de Brye et autres hommes d'armes, lesquelz furent prins par ceulx de ladicte ville de Charenton qui en estoient advertis [et] furent amenez prisonniers en la tour du Louvre. Et ledit prévost prenant autre chemin eschapa, et s'en ala à Cherbourg dont il estoit capitaine, et là se tint aucune espace de temps. Et tantost après le Baudrain de La Heuze fut constitué prévost de Paris. Et lors le Roy fut malade de sa maladie acoustumée. Et pour tant toutes les besongnes du royaume furent traictées et conduictes par le duc d'Acquitaine. Et adonc fut ordonné que plusieurs officiers royaulx, et par espécial ceulx qui avoient eu en main les finances du Roy, seroient arrestez, jusques à ce qu'ilz avoient rendu compte de toutes leurs receptes.

CHAPITRE C.

Comment le duc d'Acquitaine se courrouça à son chancelier, et des envies qui s'esmurent entre les princes et seigneurs; et aucunes autres besongnes.

En ce jour, en plain conseil où présidoit le duc d'Acquitaine, s'esmurent aucunes paroles entre le chancelier de France" et maistre Jehan de Neelle, chancellier d'Acquitaine, et tant qu'en leurs paroles fut dit par le chancellier de France à cellui d'Acquitaine, qu'il ne disoit point évangile. Et icellui respondit fellement qu'il mentoit par ses dens. Et plusieurs foiz lui répéta telles injurieuses paroles. Et adonc le chancelier de France lui dist : « Vous me injuriez et avez autrefoiz fait, qui suis chancelier du Roy, néantmoins je l'ai tousjours porté et souffert pour l'onneur de monseigneur le duc d'Acquitaine qui est cy présent, et ay encores empensé de faire.» Et lors ledit duc d'Acquitaine oyant les paroles dessusdictes, tout esmeu de ire print son chancelier par les espaules et le bouta hors de la chambre en disant : « Vous estes ung mauvais ribaud et orguilleux, ne n'avons plus cure de vostre service, qui ainsi en nostre présence avez injurié le chancelier de monseigneur le Roy. » Laquelle chose ainsi dicte, ledit sire de Dolhaing chancellier d'Acquiquitaine rendi ses seaulx, et en son lieu fut fait chancellier messire Jehan de Vailli, advocat en parlement, nonobstant que la Royne mist grant peine à appaiser sondit filz, et mesmement le duc de Bourgongne, qui l'avoit mis oudit office. Mais ilz le ne peurent aucunement fléchir. Car desjà il commençoit fort à dominer et vouloit que tous ses fais et les besongnes du royaume se conduisissent à son plaisir, et disoit aucune foiz à ses féables, que à lui touchoit plus que à nulz autres. Et avecques ce avoit souvent qui lui remonstroit secrètement que doresenavant il avoit sens assez et aage compétent pour prendre et avoir le gouvernement dudit royaume, et que faire le devoit actendu la neccessité du roy son père. Et entre les autres, le duc de Bar, le duc Loys en Bavière, le conte de Vertus et autres de ceste aliance, qui adonques se tenoient à Paris et le visitoient très souvent, ne désiroient autre chose fors qu'il en prinst le gouvernement. Et de tout ce estoit assez adverti le duc de Bourgongne, et percevoit assez que toutes les besongnes se machinoient en entencion de le bouter hors du gouvernement dudit royaume. Si ne le prenoit pas bien en gré et avoit plusieurs ymaginacions esquelles il lui souvenoit bien de ce que ledit duc d'Acquitaine lui avoit dit devant Bourges, qu'il feroit finer la guerre. Et avoit convenu que le traictié se feist outre les promesses qui avoient esté jurées et conclues à Paris, présent le conseil royal. Néantmoins il monstroit semblant que riens ne lui en feust. En oultre, en ces mesmes jours, fut donnée la conté de Ponthieu, par le Roy et son grant conseil, à Jehan, duc de Touraine son second filz", à l'instance et pourchas du duc Guillaume, conte de Haynau, duquel il avoit espousé la fille. Et nonobstant que ceulx d'Abbeville y résistassent, voulans demourer soubz la seigneurie du Roy, si en fut la possession prinse pour ledit duc de Touraine par les seigneurs d'Andregines et de Monchas, famillers d'icellui duc Guillaume. Et portèrent les lectres audit lieu d'Abbeville, lesquelles ilz firent publier. Esquelz jours, c'estassavoir environ lamy-quaresme, aucuns bourgois et commun de la ville de Soissons s'esmurent soudainement et vindrent au chastel de leur cité. Si rompirent le mur dudit chastel qui joignoit aux murs de la ville tant d'un costé comme d'autre. Et tout ce firent afin que par tout le circuite de leur cité peussent aler sur la muraille sans danger. Et avecques ce démolirent le pont devant icellui chastel sur la rivière, afin que nulz ne peussent estre mis ens, par navire ne autrement, ce que paravant se povoit faire sans leur congié. Lequel chastel appartenoit au duc d'Orléans, qui en fut très desplaisant. Mais pour le temps il n'y povoit remédier, nonobstant qu'il en feist faire plusieurs complaintes envers le Roy et son conseil, pour en avoir réparacion". Etadonc, à l'instance du duc d'Acquitaine, fu rendu à sa femme et à ses amis le chef et corps de messire Mansart du Bois, lequel avoit esté décapité à Paris, comme dit est devant*, et à neuf heures de nuit fut son chef osté des hales, et son corps de Montfaulcon, et mis ensemble en ung sarcus, et fut porté en la ville de Rousseval ou diocèse d'Amiens, et là fut enterré honnorablement emprès son père et ses précédesseurs.

1. Arnaud de Corbie.

1. C'est-à-dire des survivants. "

1. Notamment en Parlement, le 20 mars 1412 (V. S.). Voy. nos Pièces justificatives. 2., P, 22l.

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