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le rhythme et qui plairont plus aux âmes rêveuses que les brillants morceaux qui sont les premiers en date dans l'æuvre de Heller.

Les douze lændlers qui composent l'æuvre 97 ont une saveur toute particulière. Les pièces de cette nature ne comportent pas un long développement. C'est une forme populaire que certains compositeurs allemands ont traitée avec un rare bonheur. Les lændlers de Heller semblent un souvenir du pays viennois. La pièce n° 7 n'est pas sans quelque analogie avec une pièce de Schubert, qui, lui aussi, affectionnait ce genre de composition. Dans l'æuvre 107, le compositeur a cherché à donner à ses lændlers un plus grand développement; il est résulté de ce travail un ensemble de pièces d'un caractère élevé et original, mais qui ne correspondent plus à leur titre.

Heller a été plus fécond que Chopin, qui n'a écrit qu'une tarentelle; il en a écrit sept et une vénitienne, qui n'est qu'une variété du genre. La vénitienne op. 52 et la tarentelle op. 53 sont les pièces qui nous plaisent le plus : elles ont l'entrain et la gaîté que comporte la nature de l'æuvre. Dans ses dernières pièces dédiées à Mme Schumann, dans les tarentelles op. 37, Heller a cherché à sortir du moule convenu. Jusqu'à quel point a-t-il réussi ? Il est bien difficile de donner une allure nouvelle, d'imprimer un cachet nouveau à un genre de composition dont la forme est en quelque sorte stéréotypée et consacrée par l'usage.

La polonaise est un genre bien plus élevé que la valse et la tarentelle ; le rhythme est plein de noblesse et permet à la pensée un essor plus énergique. Combien nous regrettons que Heller n'ait composé que trois polonaises (op. 104, op. 132)! La première se distingue par une allure chevaleresque, à la

fois impétueuse et élégante. Il n'y aurait à reprocher à cette pièce qu'un peu d'incertitude dans le chant du milieu. Mais ce caractère vague fait attendre et désirer la reprise du motif, dont le retour fait beaucoup d'effet. Dans les deux pièces de l'æuvre 132, dans la première surtout, le musicien s'élève à une grande hauteur. La polonaise en fa mineur rappelle les plus belles inspirations de Chopin ; il y a, dans cette remarquable composition une fierté d'allure, une précision de pensée, une noblesse de sentiments peu communes. L'auteur a bien rendu le caractère national de cette danse guerrière. Rarement sa pensée s'est élevée à autant d'énergie et d'originalité. La polonaise en la mineur n'est pas à la hauteur de cette première pièce, mais elle brille également par un grand caractère.

En résumé, dans ce qu'on est convenu d'appeler musique de danse, valses et polonaises surtout, Heller a osé lutter avec Chopin ; ses cinq premières valses et ses polonaises sont dignes de ce grand et regretté maître.

VIJI

Il est difficile de parler d'impromptu sans songer aux morceaux délicieux que ce dernier a composés sous ce titre. S. Heller ne s'est pas beaucoup éloigné de la forme adoptée par Chopin: une première partie mouvementée et rapide, un .mezzo canto, puis la reprise du molif de la première partie. Les morceaux qu'il a composés dans ce genre comptent au nombre de ses meilleures productions.

Citons l'impromptu op. 84, allegro vivace en notes répétées, dites alternativement par chacune des deux mains; les deux impromptus op. 129, d'un caractère bien plus individuel et d'une teinte poétique des plus suaves. Nous mettrons encore au nombre des impromptus deur intermèdes de concert (op. 135), qui sont conçus sur le même plan et sont l'un et l'autre ravissants. . D'une facture différente sont les quatre phantasies Stücke (op. 99), dédiées à Mme Damcke, sorte d'impromptus d'un beau caractère. Les deux premières pièces sont des plus intéressantes; la troisième, en style hongrois, a moins de valeur; la quatrième, sorte de récit, serait irréprochable s'il n'était coupé deux fois, par un 2/4 un peu écourté, qui n'a pas la même élévation.

IX

Les nocturnes de Heller n'ont pas la valeur des nocturnes de Chopin, qui sont tellement parfaits qu'il y a presque impossibilité à les égaler.

L'auteur, dans ce genre de morceaux (op. 91, 103, 131), a tenté des voies nouvelles. Il est certain que le n° 2 de l'œuvre 91 ne se rapporte en rien aux formules ordinaires. Le n° 1 de læuvre 131, le plus joli de tous, est coupé par une sorte de tarentelle très-vive dont l'effet est étrange. Le n" 3 débute comme une polonaise et se termine avec un éclat qui n'est pas dans le style habituel de ce genre de composition.

Comme originalité, nous préférons le n°3 de l'æuvre 91,

nocturne sérénade, dédié à Me Ninette Falck, composition très-poétique d'un grand effet, mais qui en réalité est une sérénade et une très-jolie sérénade.

Ce dernier titre n'appartient en propre qu'à l'auvre 56. C'est une des pièces les plus connues du maître; elle est trèsdéveloppée, pleine de détails piquants et date d'une époque où l'auteur accusait avec beaucoup de fermeté les procédés particuliers qui lui constituent un style bien reconnaissable : une certaine façon de moduler qui donne à sa musique un coloris tout spécial, l'emploi alternatif des deux mains que déjà Mendelssohn avait pratiqué presque à l'état de système, une certaine disposition du chant présenté à l’octave par les deux mains à la fois, etc... — La serenade de Heller mérite d'être citée parmi ses meilleures productions; mais c'est une œuvre qui s'adresse aux délicats et qui ne serait pas suffisamment appréciée par un public vulgaire.

Dans le genre ballade, nous trouvons deux quvres : l'ouvre 121, trois morceaux dédiés à M. Vincent Adler (ballade, conte, Rêve du gondolier) et l'ouvre 115, trois ballades dédiées à M. Auber. Cette dernière æuvre, d'un caractère un peu sévère, est d'une étude intéressante; mais l'ouvre 121 plaira davantage. La ballade et le conte brillent par une mélodie saisissante, des traits heureux, un cachet poétique. Le Rère du gondolier, est une composition un peu écourtée, mais pleine de charmes.

Les deux canzonnette (op. 60 et 100) ont été composées à un assezlong intervalle l'une de l'autre. Nous ne savons pourquoi Heller a choisi cette appellation. La chansonnette italienne est habituellement fort courte et conçue dans un rhythme populaire. La forme adoptée par l'auteur est au contraire, développée et savante. De ces deux æuvres, celle que nous préférons est

la première (op. 60); elle est extrêmement intéressante, malgré l'étrangeté du premier motif qui s'annonce d'une façon singulièrement lourde et vague; peu à peu la mélodie s'élève, se dessine. Un des mérites de ce petit morceau est la façon habile dont il est conduit; l'intérêt va croissant, et quand, à la fin, reparaît le motif du début, on ne lui trouve plus le même caractère d'étrangeté. La coda est très-brillante, mais, nous le répétons, il n'y a pas là la plus petite apparence d'une chansonnette.

L'auteur a traité la romance sans paroles dans son æuvre 105, trois pièces très-simples et fort jolies, et dans son @uvre 120 (mélodies), bien supérieure, selon nous, à la précédente. S'il nous est permis de manifester nos préférences, nous indiquerons, dans le recueil, le n° 4, andante, d'une élévation très-grande, et les deux pièces ð et 6, Demande et Réponse, qui sont des plus intéressantes.

X

Dans certaines @uvres, les Promenades d'un solitaire, les Bois, les Scènes pastorales,... Heller a voulu exprimer les sensations ou plutôt les sentiments qu'inspire le tableau des champs. Qu'il nous soit permis de revenir sur un sujet que nous avons déjà effleuré au cours de notre notice biographique sur Chopin : l'influence qu'exerce sur les arts la contemplation de la nature. Il y a peu de sujets d'étude plus intéressants.

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