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eux et partirent le lendemain , quelques vns disent le soir mesme, pour la Cour, pour leur faire sçauoir que quoy que les vingt-quatre violons ne soient pas à Paris , on ne laisse pas d’y faire très bien danser la courante qu’on appelle la Mazarine.

Monsieur de Beaufort alla coucher chez les Preud’hommes pour estaindre dans le bain la noble chaleur que toute sa vertu auoit en peine de contenir à la présence de ses ennemys. Toute la nuit, trois Marcschaux de France firent la patrouille par Paris, crainte qu’il n’arriuast quelque désordre; et le lendemain le Préuost des Marchands et quelques Escheuins furent chez Monsieur le Chancelier pour lui témoigner que les Bourgeois ne faisoient que se rire de cela, que là où Monsieur de Beaufort auroit de l’aduantage , il ne faut rien craindre, mais qu’ils le prient de faire en sorte qu’on recommande bien à la Cour de ne point esueiller cette grosse beste qui commence désià à s’assoupir, en remonstrant que le moyen de la gagner, c’est de la caresser et non pas la picquoter à tous momens.

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de plus secret en la cour des princes de ÏEurope [825] ‘. (l7 juillet I649.)

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Nicolas Canasille, consul de la nation françoise en ceste ville, a receu plusieurs ballots de draperies de laineset de soyes, castors et toilles fines qui lui ont esté enuoyées par le Cardinal Mazarini sous l’adresse du Comte de Bregi Flexelles, Ambassadeur près de sa Maiesté Polonnoise, afin d’esuiter par l’adueu que cet Ambassadeur en fait, le payement des droits de Tole. Elles ont esté bien vendues à des marchands de Varsau, Crakau et Léopol. Ledit Nicolas Canasille a employé la plus grande partie de l’argent qui en est prouenu, en Martres Zibellines, Renards noirs et autres fourrures exquises et en vn seruice tout entier d’ambre blanc qu’il renvoye audit sieur cardinal auec quelques autres raretez de ce pays, sur lesquelles il fera vn profit notable. L’Evesque de Varmie, cydeuant Ambassadeur extraordinaire en France, en ayant esté adnerty, les a voulu faire saisir pour se rembourser de la somme de dix mille tallers (t/zalers) dont il fust trompé par le Cardinal Mazarini

' Il est de Fouquet de Croissy, conseiller au parlement de Paris, l’un des plénipotentiaires français à Munsœr, grand frondeur et partisan du prince de Condé jusque chez Vlzlspagnol. Guy Patin avait un goût particulier pour ce pamphlet dont il parle en plusieurs endroits de ses Lettres.

dans l’acha t d’vne croix ne son Éminence lui vendit P q pour donner de la part de Sa Maiesté Polonno1se à nostre Royne lors de ses fiançailles à Paris. Nostre Sénat n’a pas voulu ue ce différend esclatast. (I

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Nous auonsappris par les dernières lettres de France qu’vne des sœurs de l’Eminentissime Cardinal Mazarin estoit morte en cette ville. On ne sçait pas bien encore

laquelle c’est des deux. Peut-estre qu’auec le temps on s’en esclaircira ’.

De Sainct Quentin du I0 août 1649.

A l’arriuée du cardinal Mazarin en cette ville, Nostre Bourgeoisie s’est mise en armes; et l’on a crié Viue le Roy! sur la créance qu’on auoit que Sa Maiesté nous honoroit de sa présence; mais nous auons esté surpris, voyant que les compagnies des Gardes, les Gendarmes et Chenaux-Légers, commandez par Monsieur le Mareschal de Schomberg, ne venoient icy que pour escorter son Éminence, et que les Mareschaux Du Plessis et de Ville

' roy auoient en ordre de quitter la personne du roy et de

Monsieur pour suiure ce Ministre. Il a beaucoup trauaillé icy à marchander luy mesme les bleds, les faire mettre au moulin , faire cuire leslpains de munition. C’estoit sa principale occupation , si ce n’est qu’il se délassast quelquefois de ces grandes fatigues à quelques re

' C’est l’original de Panecdote racontée par le cardinal de Retz sur le père de Mazarin.

prises de hoc où il a monstré vne adresse merueilleuse au grand estonnement de tous les corps de cette ville. Ses trois tables seruies de mets les plus exquis et occupées par Messieurs de Vandosme et de Mercœur qui, comme ses chers futurs alliez 1, estoient en toute humilité assis au dessous de lui , trois Mareschaux de France, grand nombre de Ministres de l’Estat et de Mareschaux de Camp, Commandeurs et Cheualiers de Malthe, ont bien iustifié, à la honte de ses ennemis, sa Royale magnificence. Son buffet d’or massifet de mesme caract que celuy de nos Louys tenoit toute la grande Salle de nostre maison de Ville. Ceux de sa suite respandoient icy en mesme temps plusieurs bruits pour tenir le peuple en admiration de ses grands desseins... et en effet... il a veu les Erlacs 2. Cette fierre nation s’est adoucie à sa présence, luy a fait hommage comme au distributeur et possesseur de toutes les finances de France. Les Généraux Oems et Flechenstein se sont enyurez pour l’amour de‘luy. Il a recogneu les caresses de ces braues estrangers; et pour se les asseurer, il leur a fait vne ample distribution de pièces de toille, chemises et rabats sans glans,

'coiffes de nuict, manchettes, gans de Cerf et de Daim à

franges d’or et d’argent, baudriers en broderies, gardes d’espées, fourreaux de pistolets, le tout tiré de ses Maga

‘ On a fait un peu plus tard sur le projet de mariage du duc de Mercœur et de la nièce de Mazarin lïdntinopcier, etc. [93], le Poulet [283l], la Sauce du Poulet [3597] , la Salade en repense à la Sauce du poulet [3573], la Lettre de M. le duc de Beaufort à M. le duc de Mercœur, etc. [2021], la Report“: de M . le duc de Mercœur, etc. [3408], la Lettre de la prétendue Mme de Mercœur, etc. [l 941] , enfin PE/ztretien de M. le duc de l'eudasme, etc. [l V238].

2 Le corps d’armée allemand du général Erlac qui s’était séparé de Turenne pendant le blocus de Paris et que la Fronde a tant maltraité dans ses pamphlets.

zins ct enuoyé à son Éminence par ses Commis Pabhé Mondini‘ et Tlieuenini. Et puis dites que ce grand Iules ne vaut pas bien le grand Armand.

De Paris du l5 août I649.

Le ieune Lescot ’, Marchand Iouailler, est de retour de Lisbonne d’où il a apporté pour huit cent mil liures de diamans au cardinal II/Iazarini pour entretenir le commerce qu’il en‘ fait faire par le nommé Mondini et ses autres facteurs tant ecclésiastiques que séculiers.

Le dix huitiesme du mois d’Aoust Leurs Maiestez très Chrestiennes firent leur entrée en cette ville. Le peuple‘ les receut avec des acclamations extraordinaires et témoigna taut de respect pour la personne du Roy qu’il dissimula en sa présence vne partie de la haine qu’il conserue tousiours pour le Cardinal Mazarini 3. La ieunesse de nostre Prince ne luy empesche pas de cognoistre la grande affection de ses bons suiets; et on remarque qu’il dit, estant arriué dans le Pallais Royal, accompagné des vœux et des cris de ioye desHabitans de sa bonne ville, qu’il n’auoit iamais receu tant de satisfaction, qu’on auoit en grand tort de luy donner de mauuaises impressions de

‘ L’abbé Mondini est nommé dans la Repome au libelle intitulé: Bons auis sur plusieurs mauuais auis [3377].

’ Voir la Lettre du secrétaire de saint Innocent, etc., qui précède.

‘ Il n’y a pas moins de trente pamphlets qui témoignent des sentiments du peuple. Je citerai seulement I’Entre'e pompeuse et magnifique du roi Louis XIV en sa bonne ville de Paris, etc. [I 229]. Vers présentés au roi àson entrée, etc. [4019]. Vive le roi.’ des Parisiens, etc. [4044]. Le plus heureux iour de l'année par Ie retour de Leurs Maiestez, etc. [2803]. Le Roi triomphant au milieu du peuple, etc. [3557], Paris triomphant et consolé par Plieureux retour de Leurs Maiestez, ‘etc. [2698]

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